Le peintre des cathédrales

« Altières cathédrales ou ruines vénérables ne sont point troublées par les gestes vains de notre fragile humanité. M Rigaud ne songe pas à ses semblables, encore moins à ses contemporains, quand il travaille ou plutôt se recueille, sous les nefs silencieuses. Sa pensée monte avec trop d’enthousiasme jusqu’aux belles rosaces au travers desquelles, en passant le soleil se transforme en rayon de pierres précieuses, pour entendre le pas importun des mortels. » Louis de Lutèce, revue société Saint Jean (1909) 

Né en 1874, Pierre Gaston Rigaud a étudié la peinture à Paris auprès de Gustave Moreau, Léon Bonnat et Albert Maignan. En 1912, il expose à la galerie Georges Petit, Les cathédrales de France. C’est une belle année pour lui, puisque Madeleine lui a donné un fils.

Pierre Gaston Rigaud est un des membres fondateurs de la société des amis des cathédrales en 1912 avec Beltrand, Francis Jammes, Paul Jamot, Charles Tournemire, Maurice Denis,George Desvallières , Louis Rouart. Le but de cette association est de « faire connaître l’art chrétien sous quelque forme qu’il se manifeste : philosophie, musique, architecture, sculpture, peinture » par des visites, auditions musicales et conférences.

Le bulletin de la société est sur Gallica

bulletin

Quelques unes de ces cathédrales : Strasbourg, Auxerre, Bourges et Chartres… Mon arrière-grand-père jouait avec la lumière et la couleur des vitraux, dans les couleurs terre d’ombre, ocre brun et terre de Sienne de la pierre. Un jeu d’ombres et de lumière.

Strasbourg 66Auxerre Chartres

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L’autre Alice

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Alice Guibert est morte à 52 ans. Je savais qu’elle était morte de chagrin pendant la première guerre mondiale mais je ne connaissais pas son âge. C’est bien jeune ! Elle fait partie des mères sacrifiées lors de ce conflit sanglant.

Tout semble pourtant souriant à sa naissance. Alice est née au Carbon-Blanc (Gironde) en début d’année 1865, chez son grand-père maternel Achille Nicolas Fol. Est-elle fille unique ? Mon arrière grand père note qu’elle avait une sœur décédée à 4 ans (à retrouver) et un frère Jean, mort pendant la 1ère guerre mondiale (à retrouver aussi, il n’est pas né au Carbon-Blanc).

Les parents de Nicolas Fol ont divorcé en 1802 ! Une découverte pour moi, je n’avais connaissance d’aucun divorce dans la famille. Décidément la Révolution a bouleversé bien des familles ! Je pense aux filles naturelles de Franche-Comté.

Nicolas Fol est notaire au Carbon-Blanc mais déménage à Bordeaux au moment de sa retraite. Je n’ai pas encore trouvé la date de son décès et celui de son épouse Marie Caroline Giraudet Coste, qui avait 15 ans de moins que lui.

Le père d’Alice, Ferdinand Guibert est ingénieur civil à la compagnie des chemins de fer du Midi, il est né à Paris, comme sa mère Cécile Joséphine Mesnier. Depuis l’incendie de l’hôtel de ville, les traces généalogiques sont plus complexes à trouver pour une famille parisienne. Son père Antoine Joseph (1781-1858) est capitaine.

Les parents d’Alice demeurent habituellement à Bordeaux. Elle s’est mariée dans cette ville en février 1885, avec Juan Baptiste Perez, un cousin issu de germain. Elle habite alors avec sa mère, rue Mondenard. Son père est déjà décédé.

Neuf mois après son mariage, Alice a eu son premier enfant Madeleine, puis naissent René à Terrasson et André et deux bébés Amélie et Ferdinand qui meurent très jeunes en Russie. En 1897, Juan Baptiste décide de partir seul pour la Russie ; la famille quitte Bordeaux pour s’installer à Bois Colombes (92). La mère d’Alice, Amélie y meurt en 1898. Et la famille s’installe en Russie en 1899. Amélie née à Bois-Colombes décède en Russie, le 31 mars 1900. En 1901 la famille s’installe à Grasse pendant 10 ans. Les années à Grasse sont tristes pour la famille. En effet, Madeleine meurt à 18 ans en 1904. En 1906, à Grasse, elle perd un bébé âgé de 7 mois, son dernier enfant Marguerite. En 1911, dernier déménagement, vers Nyon en Suisse et en 1913, René part s’installer à Warrington.

Cécile, la belle-fille qu’elle n’a pas connu, comptait les naissances et les déménagements. Alice connaissait aussi et les deuils en plus. 6 enfants peut-être même 7 (et il m’en manque un) des voyages en Russie, en Suisse… René meurt en 1915, André est prisonnier. C’en est trop ! Alice décède en 1917.

Je n’ai donc finalement qu’une vision assez morcelée et lacunaire de la vie de la mère de mon arrière grand-père. Ma grand mère est née en 1926, elle n’a donc pas connue sa grand-mère mais a vécu avec son grand-père Juan Baptiste. Alice n’a pas su que son fils René était honoré à Warrington.

Les ancêtres de la semaine 1/12

 

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    • Nicolas Henrique, né le 2 décembre 1848, il décède le 8 février 1859, à l’âge de 10 ans. C’est un cousin germain de Jean Baptiste Perez.
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    • Victor Joseph Chauchard, né le 26 février 1798 à Besançon, il y décède le 3 décembre 1800, à l’âge de 2 ans. Il est le fils de Thérèse Victoire Chauchard.
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    • Pierre Pambrun est décédé le 7 décembre 1800 à Bayonne, à l’âge de 15 ans.
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    • Pierre Pambrun est décédé le 8 décembre 1800 à Bayonne, à l’âge de 4 ans. Ce sont deux frères de Gracieuse Pambrun. Quelle maladie foudroie ainsi ces deux frères dans l’hiver 1800 ?

 

Challenge AZ 2018

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Nous nous sommes promenés dans ma généalogie de manière aléatoire. Je porte ce sujet sur les femmes de ma famille depuis plus d’un an et évidemment comme tout le monde, je me suis bousculée au dernier moment, me laissant un goût d’inachevé. Il reste tant à faire ! J’ai changé au dernier moment, Marie Hélène plutôt qu’Henriette, Marie Louise plus que Lucie.

Il reste tant de femmes à découvrir.

Ma généalogie a avancé, de façon un peu anarchique, par sauts curieux. Je suis vraiment heureuse d’avoir interrogé ses femmes, imaginé leur monde, leur entourage, leurs lieux de vie, les raisons d’un mariage, la souffrance d’un veuvage, les enfants mais aussi toutes leurs autres occupations. Que de questions autour de leurs relation, mère et fille, grand-mère et petite fille, belle-mère et bru, sœurs ou cousines.

Les illustrations glanées dans Gallica m’ont bien amusées, les revues de mode du XIXe siècle sont délicieusement mièvres et ne donne pas nécessairement l’idée du caractère de femmes pas toujours aussi tendres, douces et maternelles comme la société voulait les formater.

J’ai apprécié écrire ce challenge en m’inspirant de la forme un jour un ancêtre. J’aime ce format qui rapproche de chaque personne. Et si je me lançais ce défi 1 jour 1 ancêtre pour 2019, sur ce blog pour ne pas noyer ma TL sur Twitter ?

ChallengeAZ : AliceMarie BernardCécileDelphineElisaFrançoiseGracieuseHélèneIsabelleJeanneKarinLouiseMadeleineNathalieOlympeProspérineQuintiaRoseSuzanneThérèseUrsuleVictoireWilhelmineXavièreYvonneZénobie.

Zénobie

zénobieEt pourquoi pas Zénobie ? Cette tragédie de Crébillon date de 1711? Bérénice de Racine date de 1670.

Pour finir nous voilà en Franche-Comté.

Je suis mère de famille et bibliothécaire. Je n’ai pas une chambre (un lieu) à moi et si j’essaye d’écrire, je suis sans cesse interrompue. Enfant, j’ai découvert la généalogie devant des miniatures de mes ancêtres, me faisant raconter leurs histoires et les liens de parenté. J’ai commencé un cahier puis des fiches. On me proposa de réaliser un arbre, un travail de calligraphie soigné. Ce travail me désespérait. Je le rendais plein de ratures. Quelle difficulté de faire tenir tout le monde dans cette feuille ! J’avais besoin d’exhaustivité dans les renseignements, d’où les fiches et le cahier. Cet arbre, c’est aussi un piège, puisque les frères et sœurs n’apparaissent pas. Ma grand-mère paternelle me confia l’arbre d’un cousin, j’étais admirative devant les heures de travail de recherches généalogiques. Depuis 10 ans, il est enfin possible de travailler sa généalogie de chez soi, facilité et piège chronophage. Il reste paradoxalement très facile de procrastiner…

Enfant, je me suis sentie varoise, corse et béarnaise et me suis découverte plus tard ardennaise et comtoise. JB Perez, André Perez, Gabriel Baume et mon père ont écrit leurs mémoires. Je voulais prendre aussi la parole et la rendre aux femmes de ma famille. J’ai aimé les imaginer grandir, enfants puis jeune adulte, épouse et mère, parfois veuve de longues années. La généalogie est une aventure dans le temps mais aussi dans l’espace,  entraînant dans des villes ou des villages souvent visité ou dans des régions qui me sont encore inconnues.

Zénobie

Yvonne

yvonnneEt enfin retour à Toulon.

Pourquoi Yvonne a t’elle fait taire son sens artistique ? Elle photographiait et écrivait des poèmes. Je ne crois pas qu’il reste un seul poème d’elle. Elle a tout arrêté après son mariage et a laissé son fils unique prendre le relais pour la photographie. Qui donc était cette femme que j’accompagnais en promenade sur le chemin des lauriers et qui me donnait des gaufres au chocolat. Elle mangeait ses épinards au sucre et la chantilly de nos liégeois. Mon arrière grand-mère m’a donné son ancienne montre et je me suis souvent demandé quelle valeur sentimentale avait ce bijou qu’elle m’avait transmis.

A partir de 1901, la famille d’Yvonne habite dans l’immeuble qu’Élisa occupait. Fille aînée d’un officier de marine, Yvonne a deux sœurs et deux frères, officiers de marine. A se demander par quel accident Yvonne a épousé en 1913, Édouard un médecin, qui fils de musicien aurait dû lui aussi avoir d’autres ambitions.

Les jeunes époux sont bien vite séparés par la guerre, le médecin est envoyé pour soigner les blessés. Je m’interroge sur sa condition de médecin de guerre, que d’horreurs a t’il vu !

Le jeune couple a un fils unique, né en pleine guerre, qui devient lui aussi officier de marine ! Yvonne a t’elle subit le sort des femmes qui donnant la vie pendant la guerre, manquant de soin et d’hygiène, a perdu toute chance d’avoir d’autres enfants ?

Après guerre, la jeune mère est une sorte de secrétaire médicale pour son mari, ouvre-porte et standard téléphonique puisque le téléphone est entré dans les années 30, dans l’appartement familial qui servait de cabinet médical. Édouard connaît tous ses petits-enfants, il décède au milieu des années soixante. Yvonne reste veuve vingt-deux ans et est entourée de nombreux arrières petits enfants. Elle décède en plein hivers, pratiquement centenaire. Parmi toutes les femmes dont je vous ai raconté l’histoire, elle est la seule que j’ai rencontré, et peut-être pour cela, celle qui m’est toujours apparu la plus mystérieuse.

Élégances féminines

Xavière

x-césarinechapeaux

La gazette des femmes

Pas de Xavière dans la famille, ni comme prénom ni religieuse, je vous présenterai donc Césarine. Et avec, elle nous découvrons la Normandie.

Césarine est la mère de Madeleine. Fille et sœur d’horloger, elle était modiste (c’est à dire selon la définition créatrice de chapeau) et épouse de gendarme.

Césarine a eu trois enfants, très espacés et elle a perdu son cadet en bas âge. Jean son dernier-né meurt en 1915. J’aime beaucoup la voir dans son jardin, près d’Alençon, assise fièrement, à sa table joliment nappée. Elle reçoit ce jour-là, Madeleine et PG, son fiancé ou déjà mari. Il prend la photo. Comme ces heures sont gaies et calmes, avant les heures tragiques de la guerre.

J’ai une autre photo d’elle, douze ans après. Elle est assise avec son mari Antoine et entourée de ses deux petits-enfants. Derrière se tiennent Madeleine et les trois nièces de Césarine. La fille et la mère ont des cheveux blancs et de grands yeux tristes. Pourtant la vie continue sans Jean, pour les cousines et pour les petits enfants. Nous avons beaucoup évoqué les soldats au cours du Centenaire, souvenons-nous aussi de leur mère, de leurs sœurs, de leurs fiancées ou épouses.

Pour finir sur une note moins tragique et plus superficielle et en l’honneur de notre modiste Césarine et puis aussi parce que j’ai craqué sur la Gazette des femmes en 1887, je vous présente plusieurs modèles, de ville, de printemps, de soirée. Ce journal délivrait, comme beaucoup d’autres, une estampe en couleur dans chaque numéro. Elles étaient collectionnées par les jeunes femmes qui ne pouvaient pas acheter les modèles parisiens mais se faisaient réaliser ou cousaient elles-mêmes des modèles inspirés par ces revues.

Le titre exact de cette La Gazette des femmes : revue du progrès des femmes dans les beaux-arts et la littérature, l’enseignement et la charité, la musique et le théâtre / rédacteur en chef Jean Alesson ou plutôt Anatole Alès (1840-1903). Il donne dans ses articles des conseils semblables à ceux de la baronne Staffe (1843-1911), sa contemporaine. En 1874, Jean Alesson publiait «  Le Bas bleu : moniteur mensuel des productions artistiques et littéraires des femmes » sans illustrations, ce titre devint les Gauloises puis La Gazette des femmes. Cet homme philogyne (amateur de femmes) n’était pas vraiment féministe. Le journal du 25 novembre, par exemple, évoque les robes de chambres puis le laisser-aller des dames dans leur intérieur, « une chose malheureuse contre laquelle nous devons réagir ». Il est l’auteur d’un texte au titre provocateur : Le Monde est aux femmes, Paris : G. Melet, 1889.