Mémoires de guerre d’André Perez

André Perez2

André avec ses parents – vers 1912 ?

André Perez est le frère cadet de René. Il a écrit ses mémoire à la fin de sa vie. Voici les lignes qui concernent la Grande Guerre :

« Octobre 1912 : entrée au service. J’avais demandé la cavalerie, vu mes titres et avais pris, à Lausanne des leçon de cheval. Mystère du recrutement, je fus versé dans l’infanterie à Saintes (Charente Maritime) parce que né à Bordeaux [Probablement le 6e régiment d’infanterie]. Ma famille habitait depuis 1911 à Nyon en Suisse, entre Genève et Lausanne, où mon père était chef d’exportation à l’usine MUHLETHALER. Cette situation l’amena à faire un premier tour du monde d’une durée de 18 mois. Ma mère résida alors chez [des amis] à Yvrac (Gironde) d’où je suis partis en bicyclette faire une tournée de famille qui me permit de recueillir les éléments de l’arbre généalogique : Limousin, Quercy, Périgord, retour à Bordeaux. Le second voyage de mon père fut interrompu par la guerre de 1914 ; il revint en août de New York. J’étais alors en caserne à Saintes, élève-prévot à la salle d’Armes. Engagé d’abord en Lorraine, le 18e corps fut dirigé sur la Belgique, en renfort de la Ve armée (Général LANREZAC). En ligne le jour, retraitant la nuit, le régiment pris part à la bataille de Guise (Aisne). Blessé par Shrapnell et transporté à Origny Sainte Benoite, je restai prisonnier à l’hôpital lors du reflux des troupes françaises, lequel ne devait s’arrêter qu’à la Marne, je le sus plus tard. Un ancien adjudant en retraite qui aidait à l’hôpital nous signale qu’une boite à lettre « Feldpost » était ouverte à tous et nous proposa d’y jeter une carte, à condition qu’elle soit écrite en allemand. C’est ainsi que ma famille fut avertie par moi que j’avais quelque chance de la revoir . Elle comprit et me fit rechercher par la croix rouge. Repéré au camp de prisonniers de Friedrichsfeld, notre ami Bahnholzer voulut m’y voir, mais fut refoulé, cependant la liaison était établie et je fus un des premiers à recevoir des nouvelles des miens.

Un infirmier allemand me procura un dictionnaire et une grammaire et je me remis avec acharnement à l’étude de cette langue qui avait été ma première langue au bachot et que d’excellents professeurs m’avait appris à aimer. Peu à peu, je devins interprète auprès des docteurs à la salle des visites médicales du camp. Exempt de toutes corvées, en relation avec un milieu de médecins et d’infirmiers que je trouvai très intéressant, j’ai supporté la captivité tant que j’ai conservé l’énergie d’apprendre : l’anglais d’abord, le russe ensuite. A la fin, désemparé, j’errai dans le camp, oisif et sans but en dehors de mon service, cherchant la Foi dans la chapelle aménagée dans une ½ baraque du camp, en vain d’ailleurs. La tuberculose commençait ses ravages, les cas de folie se multipliaient. Nous vîmes un train entier d’aliénés passer en direction de la Suisse. C’est alors qu’un de mes docteurs allemands, après m’avoir examiné, me dit spontanément : « Perez, vous présentez un cas vous permettant d’être interné en Suisse. » Première visite au camp par des docteurs suisses. Contre-visite à Mannheim, camp affreux en comparaison de Friedrichsfeld (lequel avait fini par abriter, 70000 prisonniers tant français que belges, anglais, russes et aussi gourkas, sickes, arabes et [africain]s des unités coloniales). Nos voisins de groupes étaient des épileptiques qui se soignaient entre eux, quand une attaque les projetaient, bavant, sur le sol de la baraque.

Dûment dopé, je fus admis de justesse, au titre d’étudiant, ce qui emporta la décision. La Suisse, pour moi, c’était ma famille, réduit à mes seuls parents après la mort de mon frère René tué lors des attaques de Champagne, en 1915, sous lieutenant au 8e colonial. Je restai seul sur 7 enfants. Quelle tristesse !

Notre convoi remonta la vallée du Rhin par fer et fut accueilli à Bâle avec une chaleureuse sympathie par la population et les autorités helvétiques. Avec mon ami Paul Leclerc nous fûmes dirigés vers Kandersleg dans l’Oberland bernois. Heureuse Suisse ! Oasis au milieu d’un monde en guerre depuis 30 mois : toilettes claires au lieu d’habits de deuil ! J’obtins d’être transféré près de Nyon, à la station de Saint Cergue dans le jura, puis de vivre chez mes parents, quitte à garder l’uniforme et à me soumettre au contrôle des internés. Monsieur MUHLETHALER accepta de m’employer au laboratoire que je quittai pour passer mon bachot à Neuchâtel. Entre-temps j’appris l’espagnol avec mon père, dont c’était la langue maternelle. Ma mère mourut à Nyon en 1917. Je fus peu après ramené en France et affecté à Lyon, à une commission du Génie chargée de l’évaluation des dommages causés par l’explosion d’un atelier de chargement d’obus.

Notre chef, colonel du génie, habitait Shanghai et nous engageait vivement à aller en Chine en y débutant dans le service des Douanes internationales. Je ne pouvais pas songer à quitter mon père resté seul ; je renonçais aussi à l’Argentine où un ami de mon père Richard Garcia me réservait une place dans ses « haciendas » parmi ses « gauchos ».

Lyon 11 Novembre 1918, armistice ! Août 1919 démobilisation de notre jeune classe restée la dernière en attendant que les anciens fussent casés.  »

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