Utilitaires

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André Perez fonde une société avec son cousin Jean Raimond après la guerre, pour reprendre une agence Fordson à Rethel (Ardennes). Il s’agit de vendre des utilitaires : voitures, camions, tracteurs et matériels agricoles. Cette installation se fait dans le cadre de la reconstruction des régions sinistrées. En effet, les Ardennes ont été occupées de 1914 à 1918.

Il se marie en 1924 avec Cécile Coquet. La crise de 1929 crée quelques difficultés dans les affaires et en 1933, Cécile et André quittent la France pour fonder au Cameroun, les comptoirs et plantations du Cameroun. Ils reviennent finalement et André reprend la direction des affaires ardennaises. La famille vit à Charleville entre 1934 et 1939.  Des publicités de vente de l’entreprise Perez et Raimond paraissent dans Le Matin, Paris Soir, Ouest Eclair et sont aujourd’hui dans Gallica. Et des publicités de l’entreprise sont publiées dans l’automobilisme ardennais. L’entreprise est mentionnée dans l’annuaire administratif, commercial et industriel du département des Ardennes, dans le Matot Braine. La maison mère à Rethel est bombardée pendant la deuxième guerre mondiale, l’aventure continue en région parisienne après guerre.

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Grande Guerre

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Journaux des tranchées. BM Besançon

J’ai raconté dans ce blog, la guerre de René et celle de son frère, André Perez.

Mes arrières grand pères sont revenus : Edouard Baume, né à Toulon était médecin militaire. Il est devenu pédiatre. André Perez a raconté sa guerre. Et mes arrières grand pères paternels, plus âgés n’ont pas été mobilisé.

Deux jeunes sont décédés dans la guerre, le jeune frère de mon arrière grand mère

  • Luc Jean Antoine Claude Filippi, qui estt né en Normandie et n’a peut-être pas connu la Corse de son père, est mort le 24 mars 1915 dans le Bois de Bouvigny (Pas de Calais), à l’âge de 20 ans.

Un neveu d’une autre aieule

  • André Aubert né à Marseille en 1898 et décédé le 19 octobre 1918 à Nevers, à l’âge de 19 ans

Quel chagrin ! Je pense à Pagnol quand j’évoque le souvenir de ces deux jeunes hommes « en 1917, dans une noire forêt du Nord, une balle en plein front avait tranché sa jeune vie et il était tombé sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas les noms. »

Trois enfants

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Une photographie dans son cadre en velours rouge dans mon grenier depuis un an. Je me suis demandée un moment qui était ces trois enfants. Et j’ai eu un déclic aujourd’hui. Une grande fille, en robe à manches longues et bouffantes et grand col, ses cheveux longs attachés par un ruban. Un garçon debout en costume marin et un bébé assis dans la charrette, en robe et cheveux longs, il porte des chaussons et ne marche peut-être pas encore. Les ainés portent des bottes. Les visages des garçons sont assez proches des deux adultes dont nous avons les portraits car c’est probablement, Madeleine née en novembre 1885, René né en février 1889 et André né en septembre 1892, traditionnellement les bébés portent des robes. Ils auraient donc environ 9 ans, 4 ans et 18 mois, ce qui semble correspondre à l’âge des enfants. La photographie aurait pu être prise vers mars 1894, à Bordeaux où vivait la famille Perez.

Si cette photographie a été prise à Bordeaux et qu’elle a suivi la famille Perez, on peut imaginer son voyage : Bordeaux, Bois Colombe, la Russie, Grasse jusqu’en 1911, Nyon jusqu’en 1920, Paris, Reims vers 1930 lors de la reconstruction, Clamart, Soissons où Jean Baptiste Perez meurt en décembre 1943, retour en région parisienne où André meurt en 1983, puis le Var jusqu’en 1994, Reims de nouveau jusqu’en 2015 et le Doubs !

 

Association la Main de Massiges

L’association de la Main de Massiges a rédigé un article sur René Perez. (voir onglet 8e RIC)

Ils ont aussi trouvé ce lien pour une déclaration de nationalité française de Madeleine et René en 1891, ils vivaient alors rue de Lerme à Bordeaux.

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et des éléments sur André dans les archives du CICR. J’avoue que je suis épatée de découvrir ces documents. Je ne connaissais pas les archives du CICR. André Perez n’est pas mort pour la France, il n’a pas été décoré. Je ne pensais pas que l’on puisse trouver des documents le concernant pendant la première guerre mondiale. Il a été blessé fin août 1914 ce qui lui a permis certainement de vivre encore de longues années mais est resté blessé toute sa vie de rester fils unique et d’avoir perdu son frère.

Mémoires de guerre d’André Perez

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André avec ses parents – vers 1912 ?

André Perez est le frère cadet de René. Il a écrit ses mémoire à la fin de sa vie. Voici les lignes qui concernent la Grande Guerre :

« Octobre 1912 : entrée au service. J’avais demandé la cavalerie, vu mes titres et avais pris, à Lausanne des leçon de cheval. Mystère du recrutement, je fus versé dans l’infanterie à Saintes (Charente Maritime) parce que né à Bordeaux [Probablement le 6e régiment d’infanterie]. Ma famille habitait depuis 1911 à Nyon en Suisse, entre Genève et Lausanne, où mon père était chef d’exportation à l’usine MUHLETHALER. Cette situation l’amena à faire un premier tour du monde d’une durée de 18 mois. Ma mère résida alors chez [des amis] à Yvrac (Gironde) d’où je suis partis en bicyclette faire une tournée de famille qui me permit de recueillir les éléments de l’arbre généalogique : Limousin, Quercy, Périgord, retour à Bordeaux. Le second voyage de mon père fut interrompu par la guerre de 1914 ; il revint en août de New York. J’étais alors en caserne à Saintes, élève-prévot à la salle d’Armes. Engagé d’abord en Lorraine, le 18e corps fut dirigé sur la Belgique, en renfort de la Ve armée (Général LANREZAC). En ligne le jour, retraitant la nuit, le régiment pris part à la bataille de Guise (Aisne). Blessé par Shrapnell et transporté à Origny Sainte Benoite, je restai prisonnier à l’hôpital lors du reflux des troupes françaises, lequel ne devait s’arrêter qu’à la Marne, je le sus plus tard. Un ancien adjudant en retraite qui aidait à l’hôpital nous signale qu’une boite à lettre « Feldpost » était ouverte à tous et nous proposa d’y jeter une carte, à condition qu’elle soit écrite en allemand. C’est ainsi que ma famille fut avertie par moi que j’avais quelque chance de la revoir . Elle comprit et me fit rechercher par la croix rouge. Repéré au camp de prisonniers de Friedrichsfeld, notre ami Bahnholzer voulut m’y voir, mais fut refoulé, cependant la liaison était établie et je fus un des premiers à recevoir des nouvelles des miens.

Un infirmier allemand me procura un dictionnaire et une grammaire et je me remis avec acharnement à l’étude de cette langue qui avait été ma première langue au bachot et que d’excellents professeurs m’avait appris à aimer. Peu à peu, je devins interprète auprès des docteurs à la salle des visites médicales du camp. Exempt de toutes corvées, en relation avec un milieu de médecins et d’infirmiers que je trouvai très intéressant, j’ai supporté la captivité tant que j’ai conservé l’énergie d’apprendre : l’anglais d’abord, le russe ensuite. A la fin, désemparé, j’errai dans le camp, oisif et sans but en dehors de mon service, cherchant la Foi dans la chapelle aménagée dans une ½ baraque du camp, en vain d’ailleurs. La tuberculose commençait ses ravages, les cas de folie se multipliaient. Nous vîmes un train entier d’aliénés passer en direction de la Suisse. C’est alors qu’un de mes docteurs allemands, après m’avoir examiné, me dit spontanément : « Perez, vous présentez un cas vous permettant d’être interné en Suisse. » Première visite au camp par des docteurs suisses. Contre-visite à Mannheim, camp affreux en comparaison de Friedrichsfeld (lequel avait fini par abriter, 70000 prisonniers tant français que belges, anglais, russes et aussi gourkas, sickes, arabes et [africain]s des unités coloniales). Nos voisins de groupes étaient des épileptiques qui se soignaient entre eux, quand une attaque les projetaient, bavant, sur le sol de la baraque.

Dûment dopé, je fus admis de justesse, au titre d’étudiant, ce qui emporta la décision. La Suisse, pour moi, c’était ma famille, réduit à mes seuls parents après la mort de mon frère René tué lors des attaques de Champagne, en 1915, sous lieutenant au 8e colonial. Je restai seul sur 7 enfants. Quelle tristesse !

Notre convoi remonta la vallée du Rhin par fer et fut accueilli à Bâle avec une chaleureuse sympathie par la population et les autorités helvétiques. Avec mon ami Paul Leclerc nous fûmes dirigés vers Kandersleg dans l’Oberland bernois. Heureuse Suisse ! Oasis au milieu d’un monde en guerre depuis 30 mois : toilettes claires au lieu d’habits de deuil ! J’obtins d’être transféré près de Nyon, à la station de Saint Cergue dans le jura, puis de vivre chez mes parents, quitte à garder l’uniforme et à me soumettre au contrôle des internés. Monsieur MUHLETHALER accepta de m’employer au laboratoire que je quittai pour passer mon bachot à Neuchâtel. Entre-temps j’appris l’espagnol avec mon père, dont c’était la langue maternelle. Ma mère mourut à Nyon en 1917. Je fus peu après ramené en France et affecté à Lyon, à une commission du Génie chargée de l’évaluation des dommages causés par l’explosion d’un atelier de chargement d’obus.

Notre chef, colonel du génie, habitait Shanghai et nous engageait vivement à aller en Chine en y débutant dans le service des Douanes internationales. Je ne pouvais pas songer à quitter mon père resté seul ; je renonçais aussi à l’Argentine où un ami de mon père Richard Garcia me réservait une place dans ses « haciendas » parmi ses « gauchos ».

Lyon 11 Novembre 1918, armistice ! Août 1919 démobilisation de notre jeune classe restée la dernière en attendant que les anciens fussent casés.  »